Avant, pendant, la famille Hirschler, après la Shoah – Alain Hirschler

Après l’intérêt suscité par Grand Rabbin Résistant, Alain Hirschler donne une nouvelle version de la biographie consacrée à son père, assassiné par l’Allemagne nazie en 1945. Hirschler nous livre ici l’histoire détaillée de son père, depuis son enfance à Marseille, son poste de rabbin, sa résistance durant l’occupation, et sa mort dans les camps nazis. Il ajoute un chapitre sur sa mère, intitulé « Féminisme et Judaïsme ». Hirschler choisit de compiler les écrits de Simone Hirschler sur la condition juive et celle de la femme : à travers ces archives se dessine alors le portrait d’une femme militante, combattive, et profondément intelligente dont les réflexions sont encore aujourd’hui essentielles. Comme l’écrit Nathalie Zadje dans la préface : « (sa sœur et lui) ont cherché à comprendre qui avaient été ces personnes si proches, et pourtant restés, à cause de la Shoah, d’éternels étrangers ». Cette œuvre nous apporte les précisions historiques, personnelles, et politiques à Grand Rabbin Résistant. Un témoin essentiel d’une époque pas si lointaine qui résonne aujourd’hui comme un rappel vital dans un monde encore marqué par les drames passés et présents.

Devant la grande patience (poèmes) – Philippe Cantraine

Spécialiste de littérature des langues romanes, ce poète belge a mené de pair une carrière d’enseignant et de conseiller culturel et politique à Bruxelles, au Québec, à Rome, Paris, Cologne, Varsovie et Dakar, et une non moins brillante et diverse oeuvre littéraire, allant du conte pour enfants à la poésie en passant par le roman, la nouvelle et le théâtre.

Devant la grande patience, titre emprunté à Tolstoï, est le troisième recueil de lui publié par Caractères, après Gagner du champ sur la nuit (1998) et Haïkus (2004). Cette vie en mouvement, riche en découvertes, anime et alimente le présent recueil, évoquant à grands traits non seulement sa Belgique natale dans toute la diversité de ses paysages, remontant la Meuse de ses polders et tourbières jusqu’aux rocheuses Ardennes, mais encore l’Andalousie, la Tunisie (Sloughia) les Açores, le Brésil. Des peintres aimés, Carzou, Ruysdael, guident parfois son regard.

Le poids des ans se fait souvent sentir : « J’aligne les mots, prends note, Écris / obliquement, les doigts béquillés de cendre ». La solitude, culminant dans un parc devenu à la tombée de la nuit « théâtre d’effets déserts », le confinement, cette mise en boîte imposée par l’épidémie (« L’air y bourdonne d’un  tarissement parcimonieux »), le désordre du monde, les crues, la canicule, et la multiplication des violences et des conflits (« Aujourd’hui la vie s’incline / Fagot de rêves / Et mes cartes bornoient ») donnent à ce recueil des teintes sombrement automnales, sans épuiser cependant l’attrait sensuel de la vie (« Au vieux grenier rasé de frais / L’odeur inespérée de pommes mûres ») et le témoignage de l’amitié : « Je voudrais écrire ce sourire en cette / heure où tout vacille. »

Chant de la Grèce

En 1974, Caractères publiait une belle anthologie de la poésie grecque devenue un classique. Chant de la Grèce donnait déjà à découvrir Séferis, Pappas, Ritsos, Elytis, Vrettakos, Sinopoulos, Dimakis… et d’autres voix devenues majeures dans la poésie grecque.

Odysseas Elytis – Anthologie Choix et traduction par Constantin Kaïteris

En 1979, lorsque Elytis reçut son prix Nobel, Caractères avait déjà publié son « Ode à Marie ».

Cette anthologie, première en son genre en français, donne un large aperçu d’une grande voix poétique du 20e siècle par un choix représentatif et équilibré de chacun de ses livres, de ses tout premiers poèmes jusqu’à sa mort. Sa poésie chante l’amour, la mer, et reconstitue le monde égéen par les sens, les sensations, et les métaphores surréalistes.

Élytis décrit la Grèce, sans clichés descriptifs ou pittoresques. Grandement influencé par des artistes comme Éluard, Picasso et Matisse, puis plus tard René Char et Albert Camus, il crée par son oeuvre un véritable monument de la langue Grecque, obtient le Prix Nobel de littérature en 1979 et continue de publier dans les années qui suivent.

Élytis nous donne à voir le visage de la Grèce à travers sa langue, sa nature, ses épreuves, son histoire passée et plus récente. On retrouve dans son oeuvre l’importance des sens et du sacré, du rôle de la poésie ; de la métaphysique, le tout imprégné d’analogies, d’une architecture poétique réfléchie, d’une saisie de l’instantané. Une belle limpidité poétique.

À tous les vents de la parole – Jean-Roger Geyer

À tous les vents de la parole se compose de 19 parties, dans lesquelles l’auteur joue entre prose et vers libres. La poésie de Jean-Roger Geyer suit les mouvements d’un fleuve. Ce lien avec la nature offre sérénité et réconfort à la lecture. Dans le calme poétique, le lecteur s’installe non plus pour écouter, mais pour entendre les accords joués par la nature. Tout au long du recueil, le poète est comme hors de lui-même, comme dans une sorte d’extase : le « je » poétique se laisse submerger par les paysages qu’il peint. Il se retrouve seul face à la nature et cet état de solitude le guide sur le chemin de la connaissance de soi et de la paix intérieure. Face à l’immensité de la nature, le « moi » est « sans rivage » : l’individualité de l’auteur devient une étendue ; la nature et le sujet ne font qu’un. Lier l’homme à la nature marque son instabilité dans son propre monde, confirmée dans À tous les vents de la parole par la fluidité de la mémoire : elle glisse, s’échappe, mais se retrouve dans l’écriture. La mémoire devient indélébile par la mise en mouvement de la main sur le papier : les ombres qui caressent la mémoire ressurgissent et s’immobilisent sur la feuille. Et ces réflexions peuvent s’étendre à tous les hommes : quelle place occupons-nous au sein de notre propre monde ? Le chant de la nature s’effectue en silence : le « je » est plongé dans l’« éternité », où les frontières du temps et de l’espace s’effacent. Seule reste la nature et l’homme.

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