Ronelda Kamfer
J’écris en afrikaans, la langue du diable
ISBN : 978-2-85446-649-2
«J’écris en afrikaans, la langue du diable»
Écrire en afrikaans est un acte poétique, mais aussi politique, qui témoigne de la volonté de Ronelda Kamfer, l’une des voix les plus marquantes de la poésie sud-africaine post-apartheid, de s’affirmer dans sa langue Je sais où est ma place). Car l’afrikaans n’est pas seulement la langue de l’apartheid, mais aussi celle de millions de victimes de cette politique: sur les sept millions de Sud-Africains et de Namibiens dont c’est aujourd’hui la langue maternelle, plus de la moitié sont métis ou noirs.
Femme, jeune – elle publie à 27 ans, en 2008, son premier recueil, Slapende honde Maintenant que le chat qui dort…) – enfant et adolescente à l’époque de l’apartheid (elle a treize ans en 1994 lorsque Nelson Mandela est élu président), Ronelda Kamfer retrace dans ses poèmes son histoire personnelle et aussi celle de sa famille et de toute une communauté.
Hantée et poursuivie par le passé – le sien, celui de sa famille – elle décrit sans le moindre pathos les conditions de vie dans les townships et la persistance du racisme après 1994 – la pauvreté, la violence, le mépris n’ont pas disparu – tout en revendiquant avec force son identité et sa langue, comme dans le poème Pardonnez-moi mais je suis afrikaans. Ces mêmes Sud-Africains (et Namibiens) que le gouvernement de l’apartheid avait classés dans la catégorie «métis» (Kleurlinge ou Bruinmense en afrikaans, Coloureds en anglais) demeurent, aujourd’hui encore, marginalisés – beaucoup appartiennent aux couches les plus défavorisées de la société et vivent dans des townships insalubres aux abords des grandes villes. Ils sont le fruit de siècles de mariages – et de relations sexuelles souvent non consenties (viols) – entre les premiers habitants de la région du Cap, que les Hollandais du XVII * siècle appelaient « Bochimans» et «Hottentots», les vagues successives d’immigrants européens, les Afrikaners blancs et les esclaves africains, malgaches et asiatiques.
Poèmes traduits de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein